Les gros, ces clichés de la pop culture

Quand même, cette histoire de Girls, ça m’a fait réfléchir. Du coup, je me suis demandé quels avaient été mes modèles de gros jusqu’ici dans la pop culture.
Il s’avère que le calcul est vite fait parce que, des modèles de gros, dans les années 90 qui sont celles durant lesquels j’ai grandi, durant lesquelles je me suis construite en regardant la télé (oui étonnamment, à l’époque la télévision était une fenêtre sur le monde, il n’y avait pas Internet, on façonnait notre vision de la société à base de MTV, de AB Productions et autres Récré A2, c’est à se demander comment on en est sortis…), des modèles de gros donc, à la télé, il y en avait peu.

Récapitulons.
Dans les années 90, on était scotchés devant Beverly Hills (tous minces, blancs, jeunes, beaux et riches de surcroît) ou devant Hélène et les garçons (tous minces, blancs, jeunes, beaux, moins riches a priori mais ils allaient quand même dans une fac, l’Université Paris XIV, aux couleurs pastelles). Dans ces deux séries phares de mon adolescence, aucun personnage gros. Ni dans Buffy contre les vampires (pourtant bourrée de qualités), ou dans Madame est servie, Alerte à Malibu, Melrose Place, ou encore Dawson (la liste n’est pas exhaustive). Dans Parker Lewis ne perd jamais, Kubiac, le seul personnage gros de la série, est gentil mais totalement décérébré, et il peut devenir agressif quand il s’agit de… nourriture.

De son côté, la série Friends, si elle n’est ni sexiste ni homophobe, n’hésite pas à faire de Monica un personnage de parfaite idiote quand elle est obèse… Monica adolescente est un concentré de clichés sur les grosses : mal dans sa peau, naïve, obsédée par les sucreries, constamment en train de manger, totalement ignorante des choses de la vie. Le pire étant probablement l’épisode 15 de la saison 6 « Ce qui aurait pu se passer » où l’on voit que si Monica était restée grosse, elle serait restée vierge jusqu’à 30 ans, sortirait avec un homme extrêmement ennuyeux, et continuerait à se battre pour garder son Kit-Kat (même si, à la toute fin, une version un peu « ratée » de Chandler finirait tout de même par coucher avec elle).

Roseanne est probablement la seule série des années 90 qui montre des personnes en surpoids, qui, pour le coup, sont assez complexes même si l’on reste dans le registre de la série comique. Cependant, il s’agit d’adultes (leurs filles sont minces) de la middle class américaine, auxquels je ne pouvais donc pas m’identifier (en plus, ça n’a rien à voir mais ça fait quand même mal de savoir, des années plus tard, que l’héroïne de la seule série qui mettait en scène des personnages gros intelligents et complexes, tient des propos racistes et pro Trump, au point de faire annuler le show)…

A part ça, je ne vois pas d’autres séries qui mettaient en scène des personnages en surpoids. Tout l’imaginaire de ces années-là paraît constitué de jeunes gens très minces, très blancs (ou, plus minoritairement, très noirs –Le prince de Bel Air, Le Cosby Show…), et répondant à une norme de beauté bien identifiée.

Du côté des films, même combat. Peu nombreux sont ceux qui offrent un rôle à des femmes grosses, et ceux qui le font, même sous couvert de tolérance, répercutent souvent nombre de clichés.
Au début des années 2000, sort L’amour extra large, par exemple. L’histoire ? Un homme obsédé par la beauté physique est hypnotisé par un gourou qui lui permet de voir la beauté intérieure des femmes. Bilan : il tombe amoureux d’une obèse (jouée par Gwyneth Paltrow portant un costume de grosse !) sans le savoir. Sous couvert d’un message de tolérance « la beauté intérieure est plus importante que la beauté extérieure », le film ne montre les scènes d’amour qu’à travers le prisme du regard du héros hypnotisé : du coup, le spectateur ne le voit pas tomber amoureux d’une obèse… mais de Gwyneth.

Enfin, en termes de représentation de la femme, l’ensemble de la société occidentale semble s’associer pour glorifier la minceur. Encore aujourd’hui.

Dans le documentaire australien Embrace, qui cherche à comprendre pourquoi « 71% des femmes détestent leur corps », la narratrice note « qu’un seul type de corps est montré partout : bus, panneau, publicité, magazines… Mais même la fille dans le magazine ne ressemble pas à la fille dans le magazine. Nous avons oublié à quoi ressemble un corps ordinaire. »
Elle part à la rencontre de gens inspirants pour tenter de changer les choses, partant du principe que « le corps n’est pas une décoration, c’est un véhicule » et que les corps dans leur diversité sont tous beaux. Elle donne notamment la parole à Mia Freedman, rédactrice en chef de Cosmo Australie : « Si vous regardez les couvertures des magazines des vingt dernières années, vous pouvez avoir l’impression qu’il n’y a qu’un seul type de femme : elle fait 1,80m, est âgée de 17 ans, est blonde aux yeux bleus, sa peau brille comme du plastique… en fait c’est un alien, créé sur ordinateur. Et les femmes, consciemment ou inconsciemment se comparent les unes aux autres. Et si vous vous comparez à quelque chose qui n’existe pas vraiment, comment pouvez vous vous sentir bien en vous regardant dans le miroir ? »

Finalement, je me suis construite avec l’idée que le seul type de femme « valable » était cette femme très mince. C’est à elle qu’il fallait ressembler, ou du moins essayer.

Par ailleurs j’ai parfaitement intégré les stéréotypes liés aux gros et véhiculés dans la plupart des films et des séries, c’est à dire :
– les gros sont sympas mais un peu niais (Monica, Obelix, Hagrid…)
– souvent ils sont drôles et un peu ridicules (Sergent Garcia, Monica encore…)
– ce sont des loosers en amour, quand ils ont des histoires généralement ça ne dure pas, ou alors elles sont cachées parce que leurs partenaires ont honte de se montrer en public à leur bras (Gwyneth Paltrow (sic)).
– ce sont des crétins (carton plein pour Harry Potter avec Crabbe et Goyle ou Dudley)

Enfin, quand les personnages gros existent, il s’agit toujours de personnages secondaires, majoritairement au service d’un des héros.

En regardant Girls, c’était la première fois que j’étais confrontée à une série qui n’assignait pas l’un de ces rôles simplistes à une femme grosse. Plus largement, c’était aussi la première fois qu’une série offrait à des femmes des rôles aussi complexes, où leur but n’est pas uniquement de trouver un amant ou de se marier, où leurs conversations ne tournent pas uniquement autour des hommes.
Hannah peut être effectivement complètement perdue et ne pas réussir ce qu’elle entreprend. Mais ce n’est JAMAIS parce qu’elle est grosse. Ses copines sont tout aussi perdues qu’elle, et ne sont pas non plus limitées par leur physique, même si c’est parfois un sujet.
Mieux, dans Girls, Hannah est belle. Hannah plaît physiquement à Adam, puis à ses autres amants. Elle reste la grande histoire d’amour d’Adam, même lorsque celui-ci, plus tard (attention spoilers) est en couple avec Jessa, la bombe sexuelle de la bande. Girls ne réduit pas les femmes à leur physique.

Girls n’est certes pas parfaite. On lui reproche notamment son manque de diversité. D’être centrée sur un petit milieu de privilégiés, blancs, éduqués, urbains. Mais elle réussit l’exploit (sic) de construire de vrais personnages féminins. Aux physiques multiples. Aux personnalités affirmées et complexes. Et qui évoluent indépendamment de leur apparence, au fil des épisodes. Et c’est une énorme évolution.

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