Pop it ! Netflix, les dessous du succès

Certes, j’aurais pu parler chronologie des médias. Franchement, j’ai hésité. La chronologie des médias, c’est important.
C’est important de la connaître, parce que ça évite de dire des choses comme « Pfff, sur Netflix y a même pas de films récents c’est nul ! » ou « France Télévisions c’est tout pourri, ils passent toujours les films longtemps après Canal + alors qu’on paye la redevance. #scandale #petition #tousvendus #jaimepaslatélé » (parce que la chronologie des médias définit les fenêtres d’exploitation pour chaque support et que donc France Télévisions et Netflix n’ont pas le choix. La première doit attendre 24 mois pour avoir le droit de diffuser un film après sa sortie en salle, la seconde 36 mois. Loin derrière la télévision payante donc (Canal +) qui n’attend que 10 à 12 mois avant d’avoir le droit de proposer un film à ses abonnés).
C’est important de la connaître aussi parce que la chronologie des médias est une manière de valoriser la sortie en salle contre tous les autres (méchants) supports, et de protéger ainsi les exploitants cinématographiques en valorisant le grand écran. C’est aussi une manière d’assurer le financement des films puisque chaque fenêtre d’exploitation est censée être ouverte par rapport au poids et aux obligations de chacun dans le préfinancement des œuvres.
C’est important, enfin, parce que cela va certainement changer. En tout cas, il y a une volonté de faire changer les choses (qui n’est pas nouvelle, comme le résume très bien cet article de 2016) puisque cette chronologie, en ne répondant pas aux usages des Français qui consomment de plus en plus de contenus en délinéarisé, risque finalement de prêcher contre sa propre paroisse (Coucou Pascal Nègre, et tous les géants de la musique contre le streaming et, plus largement, le MP3). Comme le disent si bien Rodolphe Belmer (ex Canal + nouvellement au Conseil d’Administration de Netflix, et donc totalement impartial) et Pascal Rogard, directeur général de la SACD : « Se retrancher tel Astérix dans un village impeccablement protégé derrière ces rondins de bois ou sa ligne Maginot, fût-elle numérique, ne fait ni une politique ni une ambition. Etre intelligent et s’adapter. De la même manière que la création est vivante, dynamique, innovante et évolutive, nos règles doivent aussi se renouveler. »

Venons-en aux faits : quelles sont les propositions pour une nouvelle chronologie des médias ? Si l’on résume grossièrement, il s’agit de réduire les séquences d’exploitation. Donc passer à une diffusion des films 15 mois après leur sortie en salle pour les plateformes de SVOD dites vertueuses (c’est-à-dire qui contribuent à la création et s’acquittent de certaines obligations), et 27 mois pour les autres (contre 36 actuellement).

Rappelons cependant qu’il est peu probable que Netflix se soumette à ces obligations. Le géant américain (qui ne paye pas d’impôts en France) a déjà contourné la chronologie des médias en finançant des films sans les diffuser en salle (la chronologie des médias s’applique uniquement à partir du moment où la première fenêtre d’exploitation, la salle, a été ouverte), comme Okja, The Meyerowitz stories ou, récemment, Annihilation.

Bref. J’aurais donc pu vous parler de la chronologie des médias, mais non. Tadam ! Comme un véritable pied de nez, j’ai décidé de parler de Netflix. Parce que pas une semaine ne passe sans que Netflix fasse parler de lui, plus exactement sans que les médias parlent de Netflix.
Ces dernières semaines n’ont pas dérogé à la règle.
Par exemple, il a été question des raisons de son insolent succès en France (insolent oui parfaitement, insolent, alors qu’avec notre chronologie des médias, les Français devraient plutôt aller au cinéma au lieu de regarder Netflix). Son succès lui permet de comptabiliser déjà 2,5 millions d’abonnés dans l’Hexagone (dont 500 000 rien que les deux derniers mois). Mais comment ça se fait (alors qu’il n’y a même pas de films récents à regarder, ça n’a pas de bon sens) ? En gros, dit l’article, c’est parce que c’est bien fichu: l’algorithme de recommandation est efficace, on peut regarder Netflix sur plusieurs supports et même hors connexion, et le catalogue (notamment des séries) est énorme et qualitatif. Personnellement, je rajouterai aussi que l’ergonomie est extrêmement bien pensée, avec des fonctionnalités comme le fait de reprendre un programme exactement là où on l’avait laissé, ou de pouvoir zapper le générique, qui, si elles paraissent accessoires, deviennent rapidement indispensables (tellement qu’on se surprend après à les chercher dans les autres services).

Netflix a aussi fait parler de lui aux Etats Unis, où il est également question de savoir quand mettre les films à disposition du public et sur quels supports. Le réalisateur Jason Blum (producteur de Get Out)  a récemment déclaré qu’il pensait que « l’industrie du cinéma avait loupé le coche. Pendant que nous n’arrivions pas à trouver un accord pour laisser les gens faire ce qu’ils avaient envie, Netflix a dit « Continuez à vous battre. Pendant ce temps là, nous allons donner aux consommateurs ce qu’ils veulent, et nous allons leur donner la possibilité de voir des films chez eux. » (…) « Je ne suis vraiment pas d’accord avec les réalisateurs qui disent au public qu’ils doivent aller au cinéma pour voir des films. Selon moi, cela a pour résultat de rendre les séries plus pertinentes, culturellement parlant, que les films. En 2018 ou 2019, l’idée de dire à un consommateur de 18 ans ce qu’il doit ou ne doit pas faire est absurde ! »

De même, Netflix pose une énigme aux chaînes de télévision, puisque les accords passées avec ces dernières limitent leur champ d’action (et leurs droits sur les œuvres). Selon ces accords, quand une chaîne de télé US coproduit une série estampillée Netflix Original, elle en conserve les droits de diffusion pour les Etats-Unis, tandis que Netflix a le droit de la mettre à disposition sur sa plateforme pour le reste du monde. Là où se pose une « énigme », c’est pour la suite. Après une certaine période de temps, la chaîne peut vendre les droits de cette série à d’autres chaînes dans le monde. Mais, se demande l’article, quel est l’intérêt pour les chaînes étrangères d’acheter une série qui aura été préalablement diffusée sur Netflix ?

A part ça, revenons aux contenus, pour découvrir le classement des séries étrangères (c’est-à-dire non américaines) les plus vues sur la plateforme de SVOD. Et les gagnants sont… Espagne, Allemagne, Brésil (on se croirait à la coupe du monde de foot).

Pour ceux qui s’intéresseraient à la technique, que se passe-t-il quand vous appuyez sur lecture dans Netflix ? Réponse : une sombre histoire de serveurs dispatchés partout dans le monde pour que le service ne soit jamais en panne. Ils sont malins quand même…

Mais rappelons tout de même que le but de Netflix n’est pas seulement d’offrir des contenus, avec une belle ergonomie, et sans plantage (ah ?). C’est aussi de gagner de l’argent (???) et donc des abonnés. Pour cela, ça peut être une bonne idée de fidéliser l’usager dès son plus jeune âge (et si on pouvait le rendre complètement accro à la plateforme et au binge watching, c’est bien aussi). Le service de SVOD a donc testé récemment un système de récompenses sur les vidéos jeunesse. Le principe : plus l’enfant regarde de vidéos, plus il gagne (des badges virtuels). Sous les protestations de la foule, la fonctionnalité a été abandonnée. « Nan, mais c’était juste pour rendre l’expérience plus ludique, on le refera plus c’est promis » a dit Netflix pour se faire pardonner (je résume).
Dans ce qu’on appelle la « guerre de l’attention », Facebook a déjà enclenché le combat avec Messenger for Kids (et pourquoi c’est dangereux).
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