Pop it ! Pour en finir avec la polémique Friends

Vendredi 12 janvier, Slate publiait un article sur la série Friends intitulé « Pour les jeunes qui la découvrent, Friends est sexiste, homophobe et grossophobe ». Un bien bon titre, si vous voulez mon avis… La journaliste y démontre, sélection d’articles majoritairement issus de médias anglophones à l’appui, que « la trame de nombreux épisodes serait sexiste, homophobe, transphobe et même grossophobe ». Okay.

L’article a bien évidemment fait le tour des réseaux sociaux, créant le buzz (avec un aussi bon titre en même temps, c’eut été bizarre que personne ne le partage…), et a été tempéré par la suite, notamment par Séverine Barthes, maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université Sorbonne-Nouvelle, qui pointe le fait que la plupart des morceaux choisis par la journaliste pour démontrer son propos sont retranscrits hors contexte, que la traduction de l’anglais au français est parfois inexacte (voire mensongère), et qu’il faut également prendre en compte l’effet lié à la réception différée d’une œuvre. Marion Olité, de Konbini, relativise également le propos et recontextualise le manque de diversité dans Friends. Enfin, dans 20 Minutes, Anabelle Laurent prend la défense de Chandler et prouve, exemple à l’appui, que son personnage n’est pas homophobe (l’occasion également d’apprendre que Friends était considérée par GLAAD (Gay and Lesbian Alliance Against Defamation) comme une série progressiste sur les questions LGBT).

Plusieurs choses me semblent importantes à ajouter.

La première, et probablement la plus importante, est celle-ci : un personnage n’a pas à être exemplaire. Un personnage, pour être crédible, doit avoir des failles, des défauts, il doit être perméable à son environnement, s’inscrire dans la société dans laquelle il vit. C’était d’ailleurs ce que l’on reprochait aux séries françaises, lorsqu’elles tentaient de plaire à tout le monde : leur manque d’aspérités. Il ne fallait alors fâcher personne. Résultat : les personnages étaient lisses (Hélène et les garçons, Navarro, Julie Lescaut, Louis la brocante…), les intrigues déconnectées de la réalité, et les sujets de société édulcorés. Un bon personnage peut être réactionnaire, rétrograde, têtu, et le spectateur peut l’aimer malgré ses défauts ou le détester à cause de ses défauts. Un personnage a le droit d’être choqué par certaines situations (Ross quitté par sa femme pour une autre femme par exemple) et de mal réagir. C’est ce qui le rend pleinement humain, et donc crédible.

D’autant plus que, dans Friends, et c’est ce qui fait la force de la série, si un personnage tient des propos tendancieux, sexistes ou homophobes notamment, le scénario vient les contrebalancer, voire les contredire.
Chandler reproche à Joey de se laisser envahir par sa nouvelle colocataire, d’accepter les coussins roses sur son canapé ? Le scénario met immédiatement en scène la soumission de Chandler face à Monica, montrant la différence entre son discours, machiste, et la réalité de sa vie de couple où il est soumis à sa femme.
Ross a du mal à accepter l’homosexualité de son ex-femme ? Il assistera à leur mariage.
Chandler vit mal le fait d’avoir un père travesti et homosexuel ? Il ira le voir à Las Vegas pour l’inviter à son mariage.

Enfin, une série, c’est aussi un reflet de la société. Quand Chandler s’inquiète d’être perçu comme gay, il répond à une certaines injonction de la société sur la virilité. Quand Ross s’étonne d’avoir un homme nounou pour garder sa fille, il reflète une réalité : les métiers de la petite enfance sont majoritairement occupés par des femmes (en France seul 1,5% des assistants maternels sont des hommes par exemple).
Une série ne dépeint pas un monde idéal avec des personnages idéaux. Sinon, ça s’appelle du politiquement correct (ou de la censure). Et personne ne regarde.

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Pourquoi Taylor Swift, qui vend 1 millions d’albums dès sa sortie aux Etats-Unis, n’en vend que 13 000 en trois semaines en France, et du coup ne se produit pas dans l’Hexagone lors de sa tournée mondiale ? C’est la question que pose cet article très bien documenté (il revient sur ces années où Taylor venait encore faire sa promo en France… et était reçue hyper froidement), même s’il n’y répond pas vraiment (je doute que le fait que les paroles de ses chansons fassent référence à sa vie privée soit une raison suffisante. Depuis quand les Français écoutent-ils les paroles des chansons en anglais ?). Du coup, la question reste ouverte. Parce que Taylor Swift, et notamment son dernier album Reputation, c’est quand même de la sacrée bonne musique. Vous avez écouté Look what you made me do ? Vous avez réussi à ne pas danser (ou au moins taper du pied) en l’écoutant ? Musicalement, c’est une vraie bombe.
En fait, peut être que le plus grand problème de Taylor pour les Français, c’est le fait qu’elle ait commencé par de la country. Et ça pour les Français, c’est non seulement incompréhensible mais aussi totalement rédhibitoire. Une fois qu’elle est passée à autre chose, c’était trop tard. Les Français adorent les étiquettes. Surtout quand elles sont impossibles à enlever

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