Quand je serai grande…

Toutes ces fêtes de fin d’année, ces enfants surexcités, ces piles de cadeaux, ces guirlandes, ces foies gras qu’on ne mange plus sans une petite pointe de culpabilité au ventre, ces saumons fumés qu’on achète « sauvages » depuis qu’on a vu un reportage sur l’élevage, ces sapins qui ne perdent plus leurs aiguilles mais qui ne sentent plus non plus le sapin, toutes ces fêtes de fin d’année, donc, ça vous amène à dresser le bilan.
En tout cas, moi, oui. Ça me fait cet effet là. Où suis-je ? Où vais-je ? Et quand j’étais petite (les cadeaux, les sapins, les odeurs, la famille, tout ça), je me voyais où plus tard ? Ai-je accompli mes rêves ? Je me voyais où, « quand je serai grande » ?

Quand j’étais petite, j’ai voulu être maîtresse, bien sûr, bonne sœur (parce que j’avais une tante bonne sœur qui voyageait en Afrique pour « aider les enfants » comme elle disait, et qu’elle avait toujours l’air heureuse. Après, je suis allée à la messe, et ça a été la fin de ma vocation éclair), policière, vétérinaire (mais pourquoi faut-il faire des maths pour être vétérinaire alors qu’aimer les animaux devrait être largement suffisant ?), puis écrivaine, mais comme c’était trop dur d’écrire un roman, et trop aléatoire d’en vivre (déjà, à l’époque, j’avais le sens pratique), j’ai rapidement opté pour journaliste (je n’avais pas mesuré la précarité du milieu, toute ébahie que j’étais par Alain Rémond). Car oui, en vrai, quand j’étais ado, je ne voulais pas juste être journaliste, je voulais être Alain Rémond (ça en dit long sur le niveau de ma vie sociale quand j’étais ado).
Je voulais être Alain Rémond, ça ne vous dit peut être pas grand chose, mais ça veut dire que je voulais être chroniqueuse télé chez Télérama (ça en dit long sur le niveau de mes ambitions quand j’étais ado). Alain Rémond y écrivait a l’époque une chronique baptisée « Mon œil » et je trouvais ça hyper drôle (ça en dit long sur le niveau de mon humour quand j’étais ado). C’était très bien écrit, subtil, malin. J’étais fan. Et je me disais qu’être payée pour regarder la télé et écrire ensuite une page par semaine dessus, c’était quand même un beau métier.
J’ai, encore aujourd’hui, un classeur à feuilles plastifiées rassemblant les chroniques « Mon œil » des années 1987 à 1995.
Sans blague.
Et ça m’arrive même de les relire (Alain, si tu m’entends…).
Bref.
Je n’avais pas mesuré que chroniqueur TV, il n’y en a qu’un seul par journal (alors que des journalistes, il y en a plein), et qu’écrire des billets d’humeur ce n’était pas ça, l’essence du journalisme.

Je n’avais pas non plus prévu la naissance des blogs, qui allait permettre à chacun d’écrire des billets d’humeur sur tout et n’importe quoi, mais sans être payé.

Je n’avais pas prévu que la presse ne serait plus le moyen numéro 1 d’information des Français, ni qu’avec Internet, les magazines télé allaient doucement péricliter (je n’avais pas prévu Internet).

Je n’avais pas prévu non plus l’explosion du replay (j’ai à peu près l’âge du président de la République (on a les référence qu’on mérite), je suis une enfant de Récré A2, de l’époque où Canal + est né, où la Cinq appartenait à Berlusconi, et où on regardait ce que les grilles de programmes nous mettaient devant les yeux, à l’heure dite).

Je n’avais pas prévu Netflix, ni le téléchargement, ni l’avènement des séries TV, et plus généralement de la fiction.

Je n’avais pas prévu que les programmes fédérateurs seraient le football (le sport en général) et certains mastodontes du divertissement (The Voice, DALS…). Et non plus le cinéma.

Je n’avais pas prévu que l’audience de TF1 et des chaînes historiques passerait du simple au double (aujourd’hui on considère que c’est un succès à 6 millions de téléspectateurs, hier, en 1990, le film Pour cent briques t’as plus rien pouvait rassembler facile 11 millions de fidèles devant l’écran). A l’époque, TF1 et Antenne 2 s’affrontaient au coude à coude, et une audience était considérée très moyenne à 4 millions.

Je n’avais pas prévu la multiplicité de l’offre sur tous les écrans. D’ailleurs, je n’avais pas prévu les écrans.

Malgré tous ces imprévus (si je m’étais appelée Bloomberg, j’aurai sûrement eu vent de tout ça), et contre toute attente, le métier de chroniqueur TV existe toujours. Il s’est même étendu (TV/VOD/SVOD). Voire fragmenté, si on considère que les critiques de séries sont des chroniqueurs TV qui ont évolué avec leur temps.
Alain Rémond, lui, a quitté Télérama depuis belle lurette, pour Marianne, puis pour La Croix. Il a laissé tombé la chronique TV pour parler du temps qu’il fait, des théories du complot, de numérologie. La vie.

En ce mois de janvier, mois de toutes les (bonnes) résolutions, j’ai donc décidé de suivre mes rêves d’ado (du moins celui là. Celui où je prends la place de Dominique Chapatte et son job de rêve (aller en Australie et dire « Nous sommes dans les majestueux paysages du Bush australien pour essayer la nouvelle Renault Mégane », ou « Comme vous le voyez, c’est dans les magnifiques fjords de Norvège que nous allons vous faire découvrir la dernière Volvo », ou encore « Quoi de mieux pour Noël que la ville de Saint Petersbourg où la circulation est dense ? », mais aussi « C’est sur la mythique Route 66 que nous sommes partis à la rencontre de Jo, fan de vieilles chevrolets »), j’ai abandonné l’idée. Dominique Chapatte ne lâchera jamais son job. Même pas en rêve (d’ado).)
En 2018, je vais donc, modestement, tenter de suivre la voie tracée par l’Alain Rémond des années 80.
D’abord en arrêtant de vivre dans ma « bulle de replay » constituée quasi exclusivement de fictions (et de RuPaul), et en regardant des émissions de flux, cru 2018.

Ambition, quand tu nous tiens…

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