Britney 2007 ? La faute à Big Brother et à Paris Hilton.

Il y a 10 ans, Britney Spears se rasait la tête sous l’œil des paparazzi. Aujourd’hui, que reste-t-il ? Un « événement majeur » de la pop culture, une histoire partagée par les moins de 40 ans, à laquelle fait aujourd’hui référence Katy Perry quand, pour expliquer son éloignement de la scène musicale, elle dit : « ça s’appelle prendre soin de sa santé mentale. Au moins je ne me suis pas rasé la tête. » Mais la question est : Britney aurait-elle pété les plombs si on n’avait pas été en 2007 ?

Flashback. Un soir de février 2007, Britney Spears, qui passait allègrement du blond au brun, s’est complètement rasé la tête. La boule à zéro. D’après les articles des magazines people, d’après les images diffusées sur les sites Internet, Britney serait restée dix minutes dans sa voiture à pleurer, serait sortie soudain pour entrer dans un salon de coiffure et aurait demandé à la coiffeuse de lui raser la tête. Celle-ci aurait refusé. Sur les images, on voit Britney choper la tondeuse et paf, ni une ni deux, se raser la tête. Complètement. GI Jane.
Ensuite, on voit Britney sortir du salon et entrer chez un tatoueur. Paf. Ni une ni deux. Un tatouage.

L’affaire est relatée par les journaux du monde entier, et s’achève, pour Britney, par une entrée en cure de désintoxication, un diagnostic de bipolarité, sa mise sous tutelle, et le retrait de la garde de ses enfants.
Une bonne année, donc.

Alors, Britney avait peut être de vrais problèmes psychologiques, liés à un contexte familial et professionnel difficile, la question n’est pas là. Revenons plutôt sur le contexte, cette fameuse année 2007.

Car 2007, et les trois années qui précèdent, sont des années riches en événements people. Du genre qui ont changé fondamentalement la façon de percevoir les célébrités, et de s’y intéresser.

Déjà il est important de rappeler qu’en 2007, le quotidien de Britney Spears, quand elle décidait de sortir de sa maison, ressemblait à ça :

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Au plus fort de sa célébrité, Britney Spears était constamment suivie par 35 à 40 paparazzi.

Comment en est-on arrivé là, alors que quelques années auparavant, les paparazzi se planquaient derrière les arbres, armés d’un téléobjectif à plusieurs centaines de mètres de leurs victimes, majoritairement seuls, grâce aux tuyaux de leurs informateurs, ce qui leur garantissait l’exclusivité ?

Tout ça, si je peux me permettre une analyse forcément poussée et longuement réfléchie, c’est la faute à l’émission Big Brother et à Paris Hilton.

J’explique. Mais d’abord revenons encore plus en arrière.

Les débuts de la téléréalité : une nouvelle donne pour les people
En 1999, la téléréalité voit le jour. John De Mol lance Big Brother sur les écrans néérlandais. En 2000, CBS adapte le concept aux Etats-Unis (et en 2001, M6 fait de même avec Loft Story). Le principe ? Une dizaine de candidats sont enfermés dans une maison, avec des caméras dans toutes les pièces. Ils sont filmés 24h sur 24, et n’ont pas accès au monde extérieur. Le succès est phénoménal. Et surtout, il bouleverse tous les standards habituels. Comme le dit Médiamétrie dans son analyse 10 ans de programmes à succès :

« (…) la télé réalité, c’est la revanche des gens ordinaires sur les héros de roman ; le citoyen lambda devient (ou est censé devenir) aussi intéressant que les personnages imaginaires, avec pour conséquence inévitable un effacement progressif des frontières entre les uns et les autres. Bref c’est la réalité qui devient roman. Mais une réalité revisitée, orchestrée, finalement aussi fictive peut-être que la fiction. »

Qu’est ce que tout cela a à voir avec Britney Spears ? Big Brother et les programmes de téléréalité qui ont suivi ont non seulement éduqué les gens à un nouveau format télévisuel, mais également à une nouvelle forme de célébrité. Mieux, Big Brother a su rendre l’intime intéressant. Il a habitué le public à regarder par le petit trou de la serrure, et à s’intéresser aux plus petits riens.
Du coup, entre 2000, date de lancement de Big Brother aux Etats-Unis, et 2007, l’année où Britney Spears s’est rasé la tête,
– Il est devenu normal de filmer l’intimité des gens, et de s’y intéresser
– Le rien est devenu fascinant (regarder une téléréalité d’enfermement comme Big Brother, c’est majoritairement regarder du vide, en attendant désespérément qu’il se passe quelque chose).

Or, si l’activité quotidienne de gens anonymes devient passionnante, celle des stars doit être autrement plus fascinante… Puisque nous sommes comme des stars, les stars elles aussi doivent être comme nous. Un éditeur américain l’a bien compris, Bonnie Fuller, éditeur du magazine US Weekly, lancé en 2002. Il explique : « Chaque jour, nous regardions des tonnes de photos que nous étalions sur la table de la salle de conférence. Et ce qui me paraissait le plus intéressant était de regarder les célébrités aller à la laverie, ou prendre de l’essence. J’adorais regarder ces photos de célébrités qui était comme nous. »
Il créé alors une page dédiée : « Stars, elles sont comme nous », qui fait entrer le business des paparazzi dans un tout nouveau et très lucratif marché.
La horde des paparazzi lancés aux trousses des stars dans leurs activités quotidiennes est lancée.

L’apogée Paris Hilton
Que vient faire l’héritière là dedans ? Paris Hilton, c’est celle avec qui l’expression « famous for being famous » (célèbre d’être célèbre) a été popularisée. Paris Hilton c’est le summum du vide.

En 2003, la richissime héritière des hôtels Hilton qui rêve de devenir célèbre accepte de participer à une émission de téléréalité baptisée The Simple Life, qui la met en scène, avec sa meilleure amie de l’époque Nicole Richie, au contact de fermiers américains. Avec eux, les deux jeunes filles doivent découvrir « la vie simple ». Deux mois avant le lancement de l’émission, opportunément, une sex-tape de Paris Hilton et son ex, Rick Salomon, est dévoilée. Le buzz est énorme. Le succès de l’émission suit.
Paris n’a jamais avoué avoir orchestré la fuite de la sex tape, elle a même poursuivi son ex en justice (et a gagné). Il n’empêche que de nombreuses voix s’élèvent pour juger que la coïncidence est un peu forte.
Bref. En seulement quelques mois, Paris Hilton devient célèbre pour sa célébrité. Et une horde de paparazzi suit tous ses déplacements. Et relate, en photos et en vidéos, ses moindres faits et gestes : Paris Hilton n’a plus d’essence, Paris Hilton et sa soeur, en deuil, vont acheter des fleurs avant de s’arrêter chez Mc Donald’s, Paris Hilton fait du shopping… En 2006, une étude dévoile que 70% des Américains estiment que Paris Hilton est surexposée (en moyenne, les célébrités sont jugées surexposées par 3 à 7% des sondés).

En 2007, elle entre dans le Guinness Book des records comme étant la célébrité la plus surévaluée du monde.

Et Britney dans tout ça ?
Les « vraies » célébrités (celles qui sont célèbres pour un talent en particulier) n’échappent alors pas à cette surenchère du vide et de l’intime. Mieux (ou pire), certaines jouent le jeu.

Et là, Britney Spears, toujours au top des tendances, donne le bâton pour se faire battre : elle créé sa propre téléréalité (en 2005), Britney & Kevin : Cahotic, basée sur des films réalisés par le couple lui-même, dans son quotidien.

Britney aurait déclaré « Je pense que l’année dernière, les tabloïds ont couvert toute ma vie, et je suis vraiment excitée de montrer à mes fans ce qui s’est réellement passé, plutôt que toutes les histoires qui ont été mal interprétées par les journalistes dans le passé. »

La transparence avant tout. C’est bien connu, pour vivre heureux, vivons sans se cacher…

En novembre 2006, la chanteuse demande le divorce. Il est prononcé en juillet 2007.

2007 signe aussi l’arrivée sur les écrans TV américains de Keeping Up with the Kardashian, la téléréalité qui suit, 24h/24, la famille Kardashian / Jenner (rappelons que Kim Kardashian avait fait ses armes le temps d’une brève apparition dans l’émission The Simple Life. Coïncidence ou pas, elle laisse elle aussi fuiter une sex-tape quelques mois seulement avant le lancement de sa propre émission de téléréalité. Avec le succès que l’on sait.)

2007, c’est encore l’année où la presse people commence à s’intéresser aux personnalités politiques.

2007, selon une étude publiée chaque année par le magazine Forbes, c’est l’année où Britney Spears est jugée « surexposée » par 72% des Américains (derrière Paris Hilton, dont le score a encore augmenté par rapport à 2006), contre 54% trois ans plus tôt.

X17, l’une des plus grandes agences de paparazzi à Los Angeles a estimé qu’en 2007, les revenus issus des photos de Britney lui ont rapporté 3 millions de dollars, soit 25% de ses revenus liés à la vente de photos de célébrités.

2007, enfin, c’est l’année où Britney s’est rasé la tête.

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