Pourquoi Le Bureau des Légendes est-elle la série de l’année ?

Au palmarès de mes séries de l’année 2016 figure, en toute première place, Le Bureau des légendes. Pourquoi cette série française est-elle la série de l’année ? Explication en deux gros points et plein de petits.

Parce que Mathieu Kassovitz

Parce que Mathieu Kassoviz n’est pas seulement un metteur en scène de génie (parfois), ou un utilisateur de Twitter polémique quand il « emmerde le cinéma français » ou qu’il est « fier d’être parisien » (après le braquage de Kim Kardashian). Mais parce que Mathieu Kassovitz est un acteur impressionnant. Dans le Bureau des Légendes, il incarne Paul Lefèvre aka Guillaume Debailly aka Malotru, un espion de la DGSE revenant d’une mission sous couverture en Syrie et en Jordanie. Impénétrable et pourtant attachant, fascinant, d’une intelligence rare, paranoïaque, amoureux, fin stratège, le personnage est tout cela à la fois et bien plus encore. Et Kassovitz l’acteur arrive à faire passer une très large palette d’émotions tout en conservant un masque impassible : celui de l’espion qui ne doit jamais montrer qui il est vraiment.

Parce que Eric Rochant

D’abord, Eric Rochant a réalisé Un monde sans pitié (César du meilleur premier film en 1990, c’est ce qui s’appelle commencer fort) qui a scotché toute une génération (la mienne, donc). En plus, Eric Rochant a été showrunner des saisons 2 et 3 de Mafiosa (encore une magnifique série française, mais surtout les saisons suivantes). Et il a compris que la série n’était pas un genre mineur, mais une forme narrative à part entière. Qu’il est très bien parvenu à exploiter dans le Bureau des légendes.

Lors d’une masterclass* au festival SérieSéries 2015, il a expliqué : « Pour Mafiosa, j’y suis allé un peu à la légère. Je pensais que c’était moins exigeant que sur un film. (…) Aujourd’hui, la série telle que je la vois c’est autre chose que du sous cinéma. Il y a une véritable différence de format narratif qui fait qu’on ne peut pas faire ce qu’on fait dans le cinéma en série, et on ne peut pas faire ce qu’on fait en série dans le cinéma. (…) Le format narratif c’est quoi ? C’est 8, 10 épisodes sur plusieurs saisons. Ce qui change tout quand on raconte une histoire, quand on décrit des personnages, quand on décrit un univers comme celui de la DGSE par exemple. Parce qu’on a le temps. On a le temps de développer des choses (…) et donc on a le temps d’être subtil, de construire une histoire sur des enjeux très ténus (…). Il n’y a que la série qui peut le faire en profondeur. On peut changer un personnage, on peut échapper à la fonction d’un personnage. Un personnage a une fonction narrative, mais il a aussi sa propre existence. Et son existence, on peut la fouiller, on peut même devenir contradictoire, parce qu’on joue avec le temps. »

Fort de ces constats, Eric Rochant réussit à créer des personnages subtils, imparfaits, changeants, profonds. En un mot : réels.

Il a aussi réussi à imposer à Canal + une méthodologie américaine (un showrunner garant de la pertinence de la série sur le long terme, un pool de scénaristes, et un pool de réalisateurs) qui permet d’industrialiser le process, et d’être en mesure de livrer une saison par an (Merci Eric).

Enfin, il impose un style, une patte française nourrie de cinéphilie, au rythme bien particulier. Ou, comme me l’a dit Olivier-René Veillon, directeur délégué de la Commission du film Ile-de-France, lors d’une précédente interview : « L’épaisseur des personnages, la manière dont le scénario se déploie sans une utilité narrative immédiate, les « intermittences », cette notion proustienne qui introduit une certaine épaisseur romanesque… ». Il y a tout ça, dans le Bureau des Légendes.

Parce que le scénario.

Parce que la subtilité.

Parce que l’actualité (dans la saison 2, on est en plein dedans et c’est tellement réaliste, fouillé, brillant, qu’on en arrive à confondre fiction et réalité)

Parce que d’un sujet austère (les dessous de la DGSE), on en arrive à un thriller palpitant (mais à la française, c’est-à-dire que les personnages pensent beaucoup, parlent pas mal, et agissent, oui, mais non sans avoir pesé la conséquence de leurs actes.)

Parce qu’après la saison 1, je me suis sentie toute esseulée sans ma série favorite à regarder. Parce que les autres séries n’avaient pas de saveur à côté.

Parce que quand la saison 2 est arrivée, je l’ai accueillie avec un mélange de joie intense et de peur qu’elle soit décevante (et non seulement elle n’est pas décevante mais elle est encore mieux que la saison 1.)

Parce que j’attends fébrilement la saison 3.

La masterclass d’Eric Rochant est visible en intégralité ici 

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