Scroll is the new clic (is it ?)

Article publié également sur Meta-media.fr

Les exemples se multiplient de sites où le simple fait de « scroller » permet d’activer les différents médias (texte, diaporamas photos, vidéo). Un nouveau mode de narration qui permet de proposer des reportages au long court, dans un format véritablement multimédia. Le « scroll » préfigure-t-il le web de demain ?

  • Du clic au scroll

Au début d’Internet –tout du moins au début de l’ère d’Internet en tant que « mass média »- on cliquait beaucoup. Pour les rédacteurs, il fallait écrire « court », et « percutant ». Il fallait retenir le lecteur, éviter qu’il ne zappe. Et côté lecteur, surtout, il fallait cliquer. Cliquer pour passer d’une page à l’autre, ou d’un lien à l’autre.

Et puis, le scroll est arrivé.

Cette molette, au milieu de la souris a simplifié la navigation de haut en bas.

Evidemment, il a fallu un certain temps pour que les sites web l’exploitent.

Petit à petit, les rédacteurs se sont mis à écrire moins court. Et les sites à réaliser qu’il était plus facile de descendre dans la page que de cliquer d’une page à l’autre.

Et puis, le « parallax scrolling » est arrivé.

Un effet de webdesign popularisé par le New York Times avec Snow Fall, un reportage multimédia lancé le 20 décembre 2012, le récit d’un groupe de skieurs surpris par une avalanche.

Grâce à cet effet, il suffit de scroller pour faire défiler les informations et activer les différents médias : au fil du texte apparaissent donc des vidéos, des photos, des sons… le tout agencé de manière fluide, avec une navigation de haut en bas. Le lancement de Snow Fall fait l’effet d’une mini bombe dans le microcosme journalistique.

Rapidement, l’expérience est pointée comme un modèle à suivre.

  • La technologie au service d’un nouveau journalisme ?

Comment ça marche ?

« L’effet parallax consiste à superposer des calques les uns sur les autres, qui se déplacent à des vitesses différentes » explique Johathan Fallon, développeur et intégrateur web chez Dotify.

« Cela permet de dynamiser quelque chose de statique. En fonction de l’action de l’utilisateur, l’apparence du site varie. L’effet introduit également une logique de narration, puisque les objets apparaissent à l’instant T de la lecture de l’article. »

Selon lui, si cet effet n’est apparu qu’aujourd’hui, c’est surtout dû à une forme de maturité du web.

« Techniquement, il aurait été possible de créer un effet parallax il y a déjà cinq ans. Mais cela correspond à une évolution d’Internet. Aujourd’hui, on va vers plus de simplicité, vers des sites plus rationnels, plus fonctionnels aussi. De plus, la technologie actuelle, et particulièrement le HTML5, apporte plus de simplicité : il est possible d’intégrer directement en HTML de la vidéo, du son, des photos. Enfin, les interfaces ont évolué, les écrans sont de meilleure qualité, les images de meilleure résolution. L’internaute peut passer plus de temps devant l’écran… »

  • Comment le « parallax scrolling » renouvelle la narration sur le Web

Ergonomique, artistique, le parallax scrolling renouvelle la narration en activant les différents médias (photo, vidéo, sons) au moment opportun. Les pages web ainsi designées obéissent à un montage bien organisé, parfaitement mis en scène.

Dans Snow Fall, lorsqu’un personnage est évoqué dans l’article, son portrait en image apparaît en surimpression. S’il est question du lieu de l’avalanche, une reconstitution en 3D de la montagne apparaît à l’écran.

Le scroll permet également de faire défiler des images de gauche à droite ou de droite à gauche.

Enfin, le simple positionnement de la souris dans la page peut également permettre d’activer des médias.

On est désormais loin de l’article constitué d’une pleine page de texte, agrémenté d’hyperliens !

Six jours après sa mise en ligne, Snow Fall avait déjà généré 3,5 millions de pages vues. Et les internautes y ont passé en moyenne 12 minutes.

  • Ce que nous apprend Snow Fall (et les autres après lui)

Snow Fall, et les reportages multimédia qui l’ont suivi, nous apprennent plusieurs choses :

–          Il y a un public pour les reportages au long court. Comme le dit Alice Antheaume, responsable de la prospective et du développement international à l’école de journalisme de Sciences Po, sur son blog « Fini le temps où l’on pensait le Web dédié au picorage d’informations, vite préparées, vite avalées »  le long format a prouvé qu’il pouvait rencontrer son public. « Une tendance encouragée par l’essor du mobile. Depuis un canapé, le lit, le métro – où le réseau défaillant ne permet pas toujours de changer de page -, la salle d’attente du médecin, on consomme de plus en plus de longs formats sur smartphones ou tablettes. »

–          Les grands médias sont capables d’innovation, et, surtout, sont capables de produire de beaux objets éditoriaux.

–          Si Snow Fall a demandé 6 mois de développement et de conception web (Jacqueline Myint, developpeur web de Snow Fall a souligné le fait que ce type d’objet multimédia était couteux et demandait du temps, et ne pouvait donc pas être renouvelé très souvent), des alternatives à moindre coût existent. C’est le cas de LeQuatreHeure.com (voir plus bas) qui a été lancé par les étudiants du CFJ avec un budget très limité (et un résultat d’excellente facture). Des outils, comme Scroll Kit, permettent également de générer, de manière quasi automatique, un reportage multimédia. Ce qu’à fait le Midi Libre avec son reportage sur des demandeurs d’asile (pour un résultat nettement plus sommaire). (Le fondateur de Scroll Kit a d’ailleurs publié sur son blog un billet expliquant comment il avait reproduit Snow Fall en seulement une heure…  et a été attaqué pour contrefaçon)

–          Raconter des histoires (le fameux « storytelling ») sur tous les médias disponibles devient une tendance de fond, dont les lecteurs-internautes sont friands.

–          Un bémol cependant : la monétisation. Si des alternatives à moindre coût existent (concernant le développement web), le grand reportage, lui, coûte toujours aussi cher. Snow Fall  (toujours lui) a été proposé gratuitement, avec quelques bannières publicitaires qui nuisent d’ailleurs à la beauté et à la fluidité des pages. Mais aurait-il rencontré un tel succès s’il avait été payant ? Les créateurs du Quatre Heure étaient étudiants et bénévoles. Ils cherchent aujourd’hui un moyen de financer une version pérenne de leur concept…

  • Panorama (non exhaustif) des sites qui scrollent en France et dans le monde.

Fort du buzz généré, de nombreux sites en parallax scrolling ont vu le jour.

Outre Snow Fall, il faut citer :

Tomato can blues, un récit multimédia mis en ligne par le New York Times (encore), agrémenté d’illustrations animées.

 The Jockey, toujours par le NYT, qui renforce encore la logique de narration en déclenchant les vidéos automatiquement et en pleine page.

Firestorm, mis en ligne par The Guardian, qui revient sur le destin de la famille Holmes, prise dans l’un des plus gros incendies de Tasmanie.

Avec Hollow, on se rapproche du webdocumentaire : les habitants d’une ville, McDowell County, West Virginia, USA, dont la population est passée de 100 000 habitants dans les années 50, à 22 113 habitants en 2010.

En France, l’Equipe a lancé Explore, format qui associe grands reportages et interactivité. Déjà quatre épisodes sont en ligne. Le prochain sortira à la mi octobre sur Pistorius.

Des étudiants du CFJ qui ont voulu créer leur « média idéal » ont lancé Le Quatre Heure, un grand reportage « sans clics » publié chaque mercredi, à 16h.

Le parallax scrolling est également idéal pour revenir sur le making-of d’un film ou présenter un produit de manière originale, artistique, et ludique.

Pi’s epic journey, revient sur le making of du film L’odyssée de Pi

Stop at never vante les mérites des baskets Asics

Le site de la Range Rover Evoque

Enfin, le procédé est utilisé par des associations humanitaires,

Le site sur le mariage des enfants « Too Young To Wed », de laUNFPA, United Nation population fund.

A lire aussi sur le sujet l’article d’Erwann Gaucher

Vous pouvez retrouver cet article sur le blog collaboratif de France Télévisions, Méta-Média.

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